Il existe des parcours dont la distance ne raconte qu’une petite partie de l’histoire. Cette boucle de 105 kilomètres au départ de Pégomas en fait incontestablement partie. Sur le papier, l’altitude reste modeste et le point culminant ne dépasse même pas 400 mètres. Sur le terrain, c’est une tout autre histoire : les montées et les descentes s’enchaînent, les changements de rythme sont permanents et le parcours traverse successivement deux massifs aux caractères très différents avant de retrouver la Méditerranée.
Le voyage commence dans la vallée de la Siagne, s’élève immédiatement dans le massif du Tanneron, traverse ensuite longuement l’intérieur sauvage de l’Estérel, franchit une succession de petits cols puis retrouve la mer et les paysages spectaculaires de Théoule-sur-Mer et de la Corniche d’Or.
Une boucle où l’on vient autant pour rouler que pour regarder autour de soi.
Pégomas : départ au bord de la Siagne
Le départ est donné à Pégomas, au cœur de la vallée de la Siagne. La présence de l’eau a profondément façonné l’histoire de cette plaine. Longtemps marécageuse et difficilement habitable, elle devient progressivement une terre agricole particulièrement fertile. La Siagne et ses terres alluviales permettent notamment le développement des cultures florales qui feront la réputation du Pays de Grasse : jasmin, rose centifolia et, bien sûr, mimosa.
Cette dernière fleur constitue justement un premier indice sur ce qui nous attend. Car à peine le départ donné, le parcours quitte la vallée pour prendre de la hauteur. Et les premiers kilomètres constituent déjà l’un des plus beaux passages de la journée.
Le Tanneron : la route du mimosa
Depuis Pégomas commence la première véritable ascension du parcours, à travers le massif du Tanneron. La montée est magnifique.
À mesure que l’on s’éloigne de la vallée de la Siagne, la route devient plus calme et s’enroule progressivement autour des collines. Les habitations s’espacent, la végétation prend davantage de place et les ouvertures dans le paysage permettent de mesurer rapidement le chemin parcouru.
Entre janvier et mars, le décor devient exceptionnel.



Le Tanneron est en effet l’un des grands territoires français du mimosa. Introduit sur la Côte d’Azur depuis l’Australie au XIXe siècle, l’arbre s’est parfaitement adapté aux sols et au climat du massif. Cultivé par les mimosistes mais également présent à l’état sauvage, il couvre en hiver de vastes portions des collines de milliers de petites fleurs jaunes.
La route reliant Pégomas à Tanneron fait d’ailleurs partie de la célèbre Route du Mimosa.
À vélo, cette première ascension possède une saveur particulière. On prend rapidement de l’altitude au-dessus de la Siagne et, lorsque la végétation s’ouvre, les reliefs environnants apparaissent progressivement.




Ce début de parcours est également une excellente mise en jambes. Une mise en jambes qu’il ne faut toutefois pas confondre avec un échauffement tranquille : les kilomètres suivants vont confirmer que cette boucle n’accorde finalement que peu de véritables moments de repos.



Deux massifs, deux histoires
Tanneron et Estérel semblent presque ne former qu’un seul ensemble lorsqu’on les observe de loin.
Géologiquement, leur histoire est pourtant différente, le Tanneron appartient à l’ancien socle hercynien, alors que le paysage spectaculaire de l’Estérel est principalement le résultat d’une intense activité volcanique survenue au Permien, il y a environ 250 millions d’années.
Pendant plusieurs dizaines de millions d’années, fractures du socle, éruptions et coulées de lave vont progressivement façonner le massif. Parmi les roches issues de cette activité volcanique figure notamment la rhyolite, responsable des extraordinaires teintes rouges qui caractérisent aujourd’hui l’Estérel.

L’érosion a ensuite travaillé cette matière pendant des millions d’années, sculptant vallons, ravins, crêtes et pitons. C’est dans ce gigantesque paysage volcanique que le parcours va désormais s’enfoncer.
Entrer dans l’Estérel
Après les paysages plus ouverts du Tanneron commence une longue traversée intérieure, l’ambiance change progressivement. Les routes deviennent plus confidentielles, puis la forêt prend véritablement possession du paysage. Pins maritimes, chênes-lièges, arbousiers et végétation méditerranéenne accompagnent désormais le cycliste.




La roche rouge apparaît régulièrement sous les roues ou dans les talus.
L’Estérel possède une particularité que les chiffres traduisent assez mal : rien n’y est vraiment plat. Le sommet du massif, le Mont Vinaigre, culmine seulement à 618 mètres. Le point culminant de notre parcours reste lui-même sous les 400 mètres. Pourtant, le terrain est continuellement plissé.

Une montée, une courte descente, un vallon, puis une nouvelle montée…
Ce sont rarement les ascensions prises individuellement qui font la difficulté du parcours. C’est leur accumulation. Et plus on avance dans le massif, plus cette caractéristique devient évidente.
Un Estérel loin de la Côte d’Azur
Cette partie centrale révèle également un visage de l’Estérel très différent de celui que l’on connaît depuis la route côtière.
La Méditerranée a disparu. Par moments, on pourrait presque oublier Cannes, Mandelieu ou Saint-Raphaël. La forêt domine. Les routes forestières et les pistes permettent de pénétrer profondément dans un territoire où les traces d’urbanisation deviennent rares.



C’est probablement l’un des grands intérêts de cette boucle : traverser l’Estérel de l’intérieur avant de découvrir son versant maritime. Et cette immersion est longue. À 30, 40 puis 50 kilomètres, le parcours continue à évoluer au milieu des reliefs.
L’altitude reste modeste, mais le compteur de dénivelé, lui, continue tranquillement à progresser.
L’Estérel, massif du feu
Le feu fait malheureusement partie de l’histoire du massif. Le climat méditerranéen, les longues périodes de sécheresse et les épisodes venteux rendent la forêt particulièrement vulnérable aux incendies.
Certains secteurs traversés portent encore les traces des feux passés. Mais ils permettent également d’observer l’étonnante capacité de la végétation méditerranéenne à recoloniser progressivement les terrains brûlés.
Cette fragilité explique la réglementation particulière qui s’applique au massif pendant la période estivale. Lorsque le risque incendie devient trop important, l’accès à certaines pistes et portions forestières peut être réglementé, voire totalement interdit.

Une contrainte qu’il faut impérativement prendre en compte avant de s’engager sur ce parcours.
Vers le cœur du massif
Après une soixantaine de kilomètres, la boucle s’enfonce dans une partie particulièrement caractéristique de l’Estérel. Le relief devient plus tourmenté et les grandes silhouettes rocheuses du massif accompagnent progressivement la progression. C’est aussi ici que commence une succession de passages dont les noms racontent à eux seuls la géographie locale. En entrant dans cette partie du parcours, il conviendra de faire très attention à l’hydratation, il n’y aura aucun point de ravitaillement possible pendant les prochains kilomètres.



Col du Mistral, Belle Barbe, Baisse de la Croix de Mourrefrey, Pas de Saint-Barthélemy… Les altitudes peuvent faire sourire, mais les jambes, probablement beaucoup moins.
Premier passage répertorié de cette fin de parcours : le col du Mistral, à 93 mètres d’altitude. L’endroit constitue un véritable carrefour de routes et de pistes forestières au cœur de l’Estérel. Le col permet notamment de rejoindre le secteur du Perthus, la maison forestière de Roussivau ou encore Belle Barbe. Avec seulement 93 mètres d’altitude, difficile de parler de haute montagne. Mais dans l’Estérel, l’intérêt d’un col ne se mesure pas à son altitude. Après plus de 70 kilomètres sur ce terrain constamment vallonné, chaque nouvelle remontée commence à compter.

Deux kilomètres plus loin arrive le col de Belle Barbe. À seulement 45 mètres d’altitude, il constitue pourtant l’un des principaux points de passage du réseau forestier de l’Estérel. Le secteur donne accès au vallon du Malinfernet, au Grenouillet, à l’ancien lac de l’Écureuil et aux impressionnants reliefs du Perthus. Le contraste est assez saisissant : nous sommes presque au niveau de la mer et pourtant totalement enfermés dans un paysage de montagne. C’est tout l’Estérel.
Après Belle Barbe, le parcours reprend de la hauteur pour atteindre la Baisse de la Croix de Mourrefrey, à 140 mètres. Le mot mérite une petite explication. Dans la toponymie provençale et alpine, une baisse désigne un point bas permettant de franchir une ligne de crête. Le principe est donc très proche de celui d’un col. Ces noms sont particulièrement nombreux dans les massifs du Sud-Est et racontent une époque où ces passages avaient une importance essentielle pour circuler d’un vallon à l’autre. Pour le cycliste, la Baisse de la Croix de Mourrefrey annonce surtout que la sortie du cœur du massif se rapproche. Mais il reste encore quelques belles surprises…
À peine un kilomètre plus loin, le parcours franchit le Pas de Saint-Barthélemy, à 157 mètres. Là encore, le vocabulaire raconte le terrain. Un « pas » désigne traditionnellement un passage permettant de franchir un relief ou une barre rocheuse. Ces différents termes — col, baisse, pas — rappellent combien l’Estérel est compartimenté par ses vallons et ses crêtes. Et cette géographie que l’on pourrait simplement observer sur une carte, le vélo permet ici de la ressentir directement. Chaque passage impose sa petite montée, chaque vallon sa descente.

Retrouver la Méditerranée
Puis soudain, après des dizaines de kilomètres passés dans la forêt, le paysage change complètement.




Le bleu réapparaît avec la Méditerranée.
Après la solitude relative de l’intérieur de l’Estérel, cette rencontre avec la mer constitue l’un des grands moments du parcours. Les roches rouges que l’on observait jusqu’ici au milieu des pins plongent désormais directement dans le bleu méditerranéen. C’est probablement ici que l’on comprend le mieux ce qui rend l’Estérel unique.

Rouge, vert et bleu. Trois couleurs pour un seul massif.
Il reste pourtant une dernière difficulté répertoriée : le col de l’Esquillon, franchi aux environs du kilomètre 88. L’Esquillon et ses 83m domine le littoral entre Le Trayas et Théoule-sur-Mer et offre de magnifiques ouvertures sur la Méditerranée. C’est le cinquième et dernier passage répertorié de cette boucle, la suite sera plus maritime, mais pas nécessairement plate.
Théoule-sur-Mer et la Corniche d’Or
Le parcours rejoint ensuite Théoule-sur-Mer, coincée entre les derniers reliefs de l’Estérel et la Méditerranée.



Il est difficile aujourd’hui d’imaginer à quel point ce littoral fut longtemps isolé. À la fin du XIXe siècle, Théoule n’est encore accessible que par un chemin difficilement carrossable. Il faudra l’action du Touring Club de France, alors présidé par Abel Ballif, pour transformer cette situation.
Le Touring Club est à l’époque étroitement lié au développement du cyclotourisme. Fondé en 1890, il participe à l’amélioration des routes et au développement du tourisme, d’abord vélocipédique puis automobile. La construction de la future Corniche d’Or commence au tournant du XXe siècle.
La route est officiellement inaugurée le 11 avril 1903.


Et détail qui nous plaît particulièrement : derrière le cortège de près de 200 automobiles participant à l’inauguration se trouvait également… un flot de cyclistes.
Plus d’un siècle plus tard, nous ne faisons finalement que poursuivre l’histoire.
La Napoule et Mandelieu
Après Théoule, le parcours poursuit sa remontée vers Mandelieu.
La transition est spectaculaire. Quelques kilomètres auparavant, nous roulions encore au milieu de l’Estérel sauvage. Nous retrouvons désormais ports, plages et urbanisation de la Côte d’Azur. La Napoule est dominée par son célèbre château.
L’ancienne forteresse médiévale fut profondément transformée au début du XXe siècle par les artistes américains Henry et Marie Clews, qui consacrèrent une grande partie de leur vie à sa restauration et à la création des jardins qui l’entourent.
Mais pour nous, l’arrivée n’est pas encore là. Contrairement à ce que pourrait laisser penser le retour à la côte, il reste encore quelques kilomètres pour refermer complètement la boucle.
De Mandelieu à Pégomas : refermer la boucle
Le parcours quitte progressivement le littoral et retrouve la vallée de la Siagne. Le relief s’apaise enfin, après plus de 100 kilomètres passés à monter et descendre entre deux massifs, le retour vers Pégomas offre quelques kilomètres pour mesurer le chemin parcouru.
Au début de la journée, nous quittions cette même vallée pour grimper dans les collines du Tanneron. Depuis, nous avons traversé les terres du mimosa, plongé dans un massif volcanique vieux de centaines de millions d’années, parcouru les forêts de l’Estérel, franchi cinq cols, baisses ou pas, retrouvé la Méditerranée et suivi une route créée il y a plus d’un siècle avec l’aide des pionniers du cyclotourisme.
Puis la Siagne réapparaît, la boucle est bouclée.
Cette boucle de l’Estérel est un parfait exemple des limites d’une simple lecture par la distance. 105 kilomètres pourraient laisser penser à une sortie relativement accessible pour un cycliste habitué aux longues distances. Le profil raconte une autre histoire. Il n’y a pas ici de grand col permettant d’identifier clairement « la » difficulté de la journée, mais la difficulté est partout et nulle part à la fois.
Une succession de montées courtes, des relances, des descentes, des changements de surface, puis une nouvelle montée. Il faudra donc gérer son effort dès le Tanneron et éviter de se laisser griser par les premiers kilomètres. Car c’est probablement entre le col du Mistral et l’Esquillon que les jambes présenteront réellement l’addition. Mais cette exigence fait aussi tout l’intérêt du parcours.
En une centaine de kilomètres, cette boucle offre un étonnant condensé du Sud-Est : vallée de la Siagne, mimosa du Tanneron, forêt méditerranéenne, volcanisme de l’Estérel, pistes forestières, cols, roches rouges et Méditerranée. Une boucle qui ne se contente pas de traverser l’Estérel, car elle permet aussi de le comprendre.
Attention au massif de l’Estérel
Une partie importante du parcours traverse des secteurs forestiers isolés.
En été, l’accès aux massifs du Var et des Alpes-Maritimes est susceptible d’être réglementé ou interdit en fonction du risque incendie. Il est indispensable de consulter les restrictions en vigueur avant le départ. En cas d’impossibilité de traverser le massif, vous pouvez trouver ici un parcours alternatif évitant les zones qui pourraient être fermées.
De septembre à mars, des battues peuvent également être organisées dans certaines parties du massif. Soyez attentifs à la signalisation temporaire mise en place sur les pistes.
Prévoyez suffisamment d’eau et de nourriture : contrairement aux portions proches de Pégomas, Mandelieu ou Théoule, les possibilités de ravitaillement sont très limitées pendant la longue traversée intérieure.
Enfin, ne vous fiez pas uniquement à la faible altitude des cols. L’accumulation des montées et des changements de rythme rend cette boucle sensiblement plus exigeante qu’un parcours routier classique de même distance.


Informations supplémentaires sur le parcours:
- Dénivelé moyen: 1,5%
- Pente maximum: 15%
- Altitude maximum: 375m
- Durée estimée: 4:40
- Nombre de difficultés (pentes >= 5%): 32
- Nombre de cols: 5
- Col du Mistral, km 72
- Col de Belle Barbe, km 74
- Baisse de la Croix de Mourrefrey, km 77
- Pas de Saint-Barthélemy, km 78
- Col de l’Esquillon, km 88
- Nombre de points d’eau: 6
- Pégomas, km 0
- Tanneron, km 8,64
- Chapelle Notre-Dame-des-Roses de Callian, km 26,4
- Bagnols-en-Forêt; km 39,8
- Fréjus, km 53,6
- Mandelieu-la-Napoule, km 97,8
- Nombre de WC: 5
- Tanneron, km 8,64
- Collège de Montauroux, km 22,2
- Port de la Figueirette, 87,2
- Théoule-sur-mer, km 93,7
- Mandelieu-la-Napoule, km 97,8
- Nombre de points de ravitaillement: 6
- Pégomas, km 0
- Tanneron, km 8,64
- Bagnols-en-Forêt; km 39,8
- Fréjus, km 53,6
- Théoule-sur-mer, km 93,7
- Mandelieu-la-Napoule, km 97,8
- Période idéale: Toute l’année, éviter Juillet et Août à cause de la chaleur, de la circulation et des risques incendie
- Type de surface (FFC): Revêtement lisse (*90%)

Attention : Cette trace est fournie par Ride & Smile sans aucune garantie. N’oubliez pas que sur le terrain, vos choix engagent votre responsabilité et votre sécurité.

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